L’hiver est la période idéale pour structurer son jardin. La végétation limitée aux persistants et aux frondaisons dépourvues de feuilles permet d’appréhender le lieu dans sa globalité, de déterminer plus facilement les meilleures perspectives et les circulations les plus logiques. L’emplacement d’une pergola, d’une allée, d’une haie séparative ou encore des massifs… doit bien sûr être mûrement réfléchi. Sous prétexte que l’on peut soit-disant toujours les déplacer, les végétaux sont trop souvent disposés à la va-vite dans un endroit qui s’avère ensuite inadéquat. La sagesse consiste toutefois à les planter à demeure, en leur donnant toutes les chances de prospérer rapidement et sans arrêt intempestif de végétation.

Dans les petits jardins, vous choisirez de préférence des essences aux attraits aussi divers que variés. Ainsi, certains Malus (pommiers) dévoilent une superbe floraison printanière puis de beaux fruits décoratifs jusqu'en hiver. De même, des Prunus (Cerisiers à fleurs) conjuguent une floraison époustouflante à un tronc décoratif et une belle coloration automnale.

L'hiver au sens large (d'octobre à mars) se prête particulièrement bien à la plantation des arbres et arbustes proposés à racines nues ou en motte, pour peu que le sol ne soit pas gelé. Une fois la base de votre décor bien conçu et planté vous aurez ensuite jusqu'en juin pour parachever l'ensemble en comptant sur la bonne volonté des plantes bulbeuses, vivaces et saisonnières.

Une haie fleurie et libre

Un choix raisonné

Planter un arbre vous engage pour longtemps, bien souvent pour la vie. Trop de saules pleureurs ou de cèdres ont pris possession de jardins étriqués. Passons sur les dégâts aux canalisations, engendrés par la croissance des racines ou le manque de lumière induit dans les habitations, sans compter la difficulté de cultiver sous un couvert trop dense. De fait, ne négligez surtout pas les mentions de taille adulte indiquées lors de l'achat.

La recherche de l'harmonie dans un jardin passe par une bonne gestion des contrastes. En règle générale, afin de composer une trame de fond dans un jardin, prévoyez au moins une proportion d'un tiers de végétaux persistants. Pensez également aux plantes à feuillage marcescent (dont les feuilles mortes restent décoratives une bonne partie de l'hiver sur la plante) telles que les charmes ou les hêtres dont la beauté varie au fil des saisons. Elles formeront, entre autres, de magnifiques haies. Je vous les conseille en lieu et place des sempiternels thuyas et surtout des cyprès de Leyland à la croissance rapide. Ces derniers deviennent rapidement difficiles à maîtriser par les tailles.

L'art de la composition

Variez les formes des végétaux en alternant irrégulièrement les silhouettes élancées, prostrées, rondes et pyramidales. Au besoin, faites une petite maquette à l'aide de bouchons de liège taillés.
Ensuite, variez les couleurs de feuillage. Hormis une gamme étendue de verts - du sombre de l'if au tendre des chèvrefeuilles arbustifs - on dénombre en effet quantité de végétaux ligneux arborant un feuillage coloré de gris, de pourpre, de blanc ou de doré. N'en abusez cependant pas et employez-les avec parcimonie afin de rehausser l'ensemble de touches gaies et originales.

La création est une des étapes les plus passionnantes d'un projet de jardin. Ne vous en privez surtout pas en allant au plus vite. La patience n'est-elle pas une des vertus cardinales des jardiniers ?

Philippe Ferret