Dossier

La chose la plus précieuse qu’un jardinier puisse posséder, c’est la terre sur laquelle il lui est permis de cultiver bien des merveilles. Sans elle rien n’est possible en plein air. C’est en effet le support universel de nos cultures au sens propre comme au figuré. Mais est-ce que nous la traitons comme elle le mérite vraiment ?
Les jardiniers qui en sont conscients ont bien des scrupules à s’en départir, ne serait-ce que d’une once en faisant cadeau de précieux plants. Obtenir un sol de bonne structure et texture est généralement affaire de patience et de travail sans cesse renouvelé. Ceux qui ont pris possession d’un jardin de lotissement, privés de la bonne terre de surface originelle, en savent quelque chose !

A l’heure des futures bonnes résolutions de la nouvelle année, voyons comment nous pouvons bonifier massifs et plates-bandes dans un esprit de développement durable.

A moins de faire venir des camions entiers de terre végétale, le jardinier doit composer avec la terre de son jardin. Si celle–ci a été de longue date jardinée, surtout en potager, il y a fort à parier qu’elle est idéale pour envisager de nombreuses cultures. Toutefois, c’est rarement le cas.

Prenez par exemple les nouveaux lotissements dont les propriétaires s’aperçoivent qu’ils sont privés du meilleur de la terre de couverture initiale. Ils se retrouvent bien souvent avec une terre de sous-sol anémiée, pauvre en éléments nutritifs et humus, en vie microbienne, microfaune et microflore. Il faudra alors beaucoup de temps et de patience pour en faire un substrat digne du nom de terre végétale.
Nous sommes là en présence d’un cas "contre-nature" auquel on remédiera d’abord par un travail profond du sol par bêchage afin d’en améliorer la structure en visant avant tout à l’aérer. Par la même occasion, il convient d’enfouir un maximum de matière organique bien décomposée : compost "maison", vieux fumier ou fumier déshydraté, fumure du commerce comportant si possible des algues… L’humus est en effet la base d’un bon sol et son apport améliorera tous les types de terres. De plus, vous ne risquez rien à en apporter en grande quantité.

Les vers de terre améliorent la structure du sol

Encourager l’alchimie du sol

Une fois le sol convenablement retourné et amendé, il n’est plus nécessaire d’employer les grands moyens. Mieux vaut laisser la nature faire ce qu’elle sait bien faire. Le tout est de la respecter et de l’encourager.

Ainsi, veillez à ne pas piétiner le sol afin de le maintenir aéré. Ceci est d’autant plus important que votre terrain est argileux, collant. Les micro-organismes vous en seront gré et vous faciliterez le transit de l’eau. De fait, pénétrez dans les massifs muni de planches que vous déplacerez avec vous. Avec plus de portance, vous ferez moins de dégâts. De même, une fois la planche déplacée et muni d’une griffe à trois dents, pensez à gratter la terre en surface. Vous faciliterez ainsi grandement le rôle dévolu aux vers de terre.
Il en existe de deux sortes : ceux qui œuvrent horizontalement et ceux qui travaillent verticalement. Ces derniers sont les plus précieux car ils enfouissent naturellement les matières organiques apportées en surface pour les rendre disponibles, après dégradation et minéralisation, au niveau des racines. Avec un sol rendu souple et frais, vous optimiserez leur ardeur.

Recouvrez la terre nue d'un épais matelas de compost

Soignez la couche superficielle

Ainsi, plus besoin de bêcher pour aérer le sol et enfouir la matière organique, les vers de terre s’en chargent pour vous. Il reste donc à améliorer le sol par le dessus. Cela tombe bien car la nature a horreur du vide, ce qui veut dire que si vous laissez la surface du sol nue, sans la cultiver, vous ne tarderez pas à voir apparaître de nombreuses mauvaises herbes, issues soit de racines de vivaces présentes dans le sol ou de graines enfouies ou apportées par le vent.

De fait, l’idée de recouvrir le sol par un épais matelas si possible de matière organique ou, à défaut, de matière minérale, empêchera la pullulation des plantes indésirables. Le mieux bien sûr est de recycler les déchets organiques du jardin, voire de la cuisine, afin d’obtenir un compost "maison" de bonne qualité. Sans frais, vous pourrez alors épandre un véritable "or vert". Au besoin, investissez dans un broyeur pour accélérer le processus de décomposition et/ou employez du purin de consoude comme activateur de fermentation. Nul besoin d’une installation compliquée.

Un tel paillis empêchera donc la multiplication des mauvaises herbes, surtout celles venant de graines des alentours, évitera au terrain de se tasser sous l’effet de pluies violentes, maintiendra une bonne hygrométrie du sol tout en conservant une bonne fertilité. Que des avantages ! Bien sûr, un tel paillis ou "mulch" sera renouvelé au fur et à mesure de son ingestion, généralement tous les ans. En terre sèche, caillouteuse, mieux vaut employer un paillis minéral (galets, gravillons, sable grossier, etc.) associé à un choix de plantes particulièrement adaptées à ces conditions de culture (lisez notre dossier : Plantes choisies pour jardin sec).

Semez un engrais vert pour enrichir votre sol avant de replanter

Et les engrais alors ?

En fait, une fois les plantes bien installées et nourries avec l’aide de paillis, nul besoin d’apporter annuellement une rasade d’engrais à vos plantes. Elles trouveront avec cet apport régulier de matières organiques de quoi pousser en toute quiétude. Bien sûr, votre haie ne va pas monter très vite, les arbres faire de l’ombre en un rien de temps.
En revanche, les plantes se développeront à leur rythme et seront bien endurcies au seuil de l’hiver, leurs pousses pas trop tendres au point d’attirer les ravageurs (pucerons…). Bref, vous y gagnerez sur le long terme.

Au potager

Si vous cultivez un potager, aux rotations de culture rapides, contentez-vous de couvrir le sol de la même manière dès qu’une culture laisse le sol nu. Employez des engrais verts à croissance rapide (moutarde, phacélie, etc.) qui améliorent la terre (une fois incorporés) tout en contrecarrant les adventices ou bien paillez plus souvent avec du compost. Employez éventuellement, les tontes de gazon en fines couches et préalablement séchées.

Lors des plantations

Pour installer des arbres d’ornement dans un jardin ou des fruitiers dans un verger, l’essentiel consiste à creuser un bon trou, à s’assurer au fond d’un bon drainage, d’apporter un peu d’humus bien mélangé à la terre de remblai et additionné d’un engrais organique (poudre d’os ou sang desséché).

Si le sol a été récemment bouleversé par des travaux, pensez également à apporter des mycorhizes, de façon à ensemencer le sol en champignons symbiotiques qui se chargeront de redonner vie au sol tout en favorisant le développement des nouvelles racines.

Philippe Ferret

J'aime !