C’est inéluctable. Lorsque l’on pense jardin d’ornement, nous imaginons le plus souvent la présence d’un beau gazon bien vert, façon moquette moelleuse et mettant parfaitement en valeur les couleurs d’opulents massifs de fleurs. Mais ce réflexe « conditionné » est - il vraiment justifié à la lumière des derniers changements climatiques (sécheresse) et des nouvelles attentes des jardiniers contemporains ?

Combien sommes - nous, en fait, esclaves du gazon ? N’y a t - il point d’autres moyens de concevoir le jardin que de l’axer sur ces graminées continuellement maîtrisées ? La question devrait (oh ! sacrilège) régulièrement se poser.

Dans les petits espaces, la pelouse peut en effet facilement être remplacée par des caillebotis, une terrasse pavée, une jolie calade… permettant du reste un accès au jardin en tout temps et nécessitant très peu d’entretien. Dans les jardins plus vastes, d’autres solutions s’avèrent tout compte fait envisageables : création d’un jardin de graviers ou allées et massifs se confondent harmonieusement, remplacement des allées de gazon par des circulations « en dur », transformation de la pelouse en prairie fleurie à l’aspect naturel et fauchée une ou deux fois l’an…
Ainsi devient-il raisonnable et plus écologique d’oublier le souvenir des tontes répétitives, des arrosages réguliers durant tout l’été, des aérations, démoussages, scarifications, désherbages chimiques et fertilisations… qui sont nécessaires pour rendre les gazons présentables.

Quant à moi, je laisse sciemment les pâquerettes ou pissenlits, des violettes sauvages et primevères s’installer dans notre tapis vert. Et si le trèfle gagne peu à peu, c’est tant mieux car il garde en été sa belle couleur verte. Certes, reste encore la corvée de la tonte, mais je l’effectue bien moins souvent qu’auparavant et avec plus de plaisirs.
Il peut être judicieux de réfléchir à ces questions essentielles pour prendre les mesures adaptées à son niveau d’exigences, ses aspirations dilettantes et / ou ses approches écologiques. Un jardin n’est en effet jamais figé et les remises en question toujours salutaires.

Philippe Ferret