Semer à chaud ses légumes primeurs

L'année des semis pour le potager débute de bonne heure, dès février pour les plantes les plus exotiques et à cycle long. Mais à cette époque, il convient d'être bien équipé et d'observer des stratégies, des pratiques futées afin d'obtenir les meilleurs résultats tout en optimisant la place disponible.

Bien s'équiper

Jadis, les jardiniers recyclaient le fumier pour constituer à bon compte des couches dites "chaudes" grâce à la montée en température des déjections mises en tas. De nos jours, les choses sont bien heureusement plus faciles, même pour les jardiniers débutants.

Si vous possédez une serre froide, un tunnel, une véranda hors-gel, une serre-châssis ou bien un garage ou tout autre local disposant d'un éclairage naturel, et moyennant l'investissement d'une miniserre chauffante de petite taille, vous pourrez semer vos légumes au plus tôt. Renforcez éventuellement l'isolation par l'intérieur des structures (serres ou tunnel) grâce à une épaisseur de film bullé, ou bien d'un ou deux voiles dits de "forçage" très isolant. Dès lors, il vous faudra cependant gérer d'autant plus la condensation.

Sinon, investissez l'intérieur de l'habitat, auprès des baies vitrées ou sous une fenêtre de toit. Autre solution, la cave ou bien un local hors-gel obscur et l'installation d'un éclairage (tubes spécifiques pour les cultures de type "lumière du jour") à suspendre au plus près des terrines ou encore d'une véritable tente autonome (employée pour les cultures hydroponiques d'intérieur) à installer auprès d'une prise électrique. Nos amis canadiens cultivent ainsi des collections d'orchidées et autres raretés dans leur sous-sol.

Les godets de cultures carrés prennent moins de place

Le minimum d'investissement sera cependant constitué d'un tapis chauffant, trame enchâssant une résistance, ou bien simple câble électrique basse tension. Vous pourrez par exemple en tapisser le fond d'une grande caisse à poisson en polystyrène coiffée ensuite d'une place de verre.

Toutefois, les produits du commerce comme les miniserres ou serres d'intérieur s'avèrent bien plus durables et saines, solides, fonctionnelles. Vous les garnirez directement d'un très bon terreau spécifique pour semis (ne lésinez pas sur ce point) ou bien y placerez des godets accolés voire des plaques de culture adaptées. Si vous disposez de temps et privilégiez l'économie, vous pourrez faire vous-même des godets biodégradables à base de papier journal en les façonnant à l'aide d'un "pot-maker'.

Evitez l'emploi de terreau "maison", de compost (trop riche) ou de terre de jardin, même en proportions minimes: vous risqueriez de voir lever des mauvaises herbes (sans bien savoir les repérer) et de déplorer les maladies cryptogamiques (champignons). Les substrats spécifiques du commerce sont aseptisés et proposent donc une base saine pour faciliter les semis.

Le semis proprement dit

Dans tous les cas, prenez du temps pour effectuer tranquillement vos semis. Vous débuterez en février-mars par ceux de tomates et d'aubergines, plantes très lambines et frileuses, pour poursuivre avec les piments et poivrons, les melons… puis les concombres et cornichons ou les pastèques en avril.

Référez-vous au calendrier des semis au potager pour plus de détails

Une mini serre bien pratique

Il est indispensable de prévoir la place que prendront ces semis une fois repiqués en godets, toujours au chaud, au risque de se retrouver envahis jusqu'à la plantation finale, généralement mi-mai, en pleine terre.

Le semis se pratique en terrine, en caissette ou bien en godet individuel. Les godets carrés prennent alors moins de place que les modèles ronds. Employez des contenants propres. Faites préalablement tremper ceux qui sont réutilisés dans une solution javellisée et nettoyez-les ainsi. Remplissez ces contenants de substrat brut puis tassez. Semez les grosses graines en poquets (deux à trois par godet), les plus fines réparties régulièrement sur toute la surface des caissettes voire aussi de godets. Pour ce faire, n'hésitez pas à investir dans un petit semoir qui vous aidera à bien distancer les semences. A défaut, une simple carte de visite pliée en forme de gouttière est d'un grand secours.

Semez en caissette ou terrine

Les semences fines peuvent aussi être mélangées à du sable fin et sec, voire des grains de couscous. Ceci facilite grandement les opérations. Ensuite, tamisez du substrat sur les graines afin de les recouvrir d'une couche fine, puis tassez. Une légère couche de charbon de bois broyé dissuadera les pourritures. Le premier arrosage se fera idéalement par imbibition, en faisant tremper la base des contenants dans un bac d'eau, jusqu'à complète humidification. Laissez ressuyer, puis placez à l'étouffée en installant un couvercle translucide, une plaque de verre ou bien un film plastique (étirable) voire un sac transparent. La température idéale est comprise entre 16 et 18°. Selon les espèces, la levée a lieu en 7 à 20 jours.

Le suivi

Prenez soin, chaque jour, de surveiller les levées et dès que les plantules apparaissent, aérez quotidiennement (ou bien retournez les vitres posées) afin de maîtriser l'hygrométrie, la condensation. Vous éviterez ainsi les attaques de champignons pathogènes. Arrosez si besoin par brumisation, avec une infusion de camomille diluée pour éviter les risques de fonte des semis.
Le premier repiquage en pots individuels ou en terrine s'effectue lorsque les plantules montrent deux feuilles vraies. Repiquez avec précaution (aidez-vous d'un crayon de bois afin de soulever délicatement le chevelu de racines). Installez dans un terreau un peu plus riche "de repiquage" et placez à la lumière, à une température comprise entre 14 et 17 °C. Aérez le plus possible pour endurcir vos plants.

Philippe Ferret