Les craintes d'une sécheresse estivale, voire de restrictions d'eau, incitent les jardiniers à porter leur choix vers des plantes supportant le manque d'eau. Tout naturellement, il convient donc de lorgner du côté des plantes originaires des contrées sèches et qui font donc preuve d'adaptations morphologiques ou physiologiques éprouvées. Voici une sélection de valeurs sûres pour orner rocailles et massifs.

Feuillages feutrés

Envelopper ses feuilles d'un duvet plus ou moins épais est une des stratégies communes des plantes xérophiles (qui aiment la chaleur) et héliophiles (qui adorent se dorer au soleil). Cette toison sert alors de filtre aux rayons solaires et donc à la canicule. En revanche, ainsi habillées, ces plantes s'avèrent particulièrement sensibles aux excès d'humidité.
Un paillis de gravillons protégera efficacement le collet (la partie la plus fragile) des plantes. En terre lourde, effectuez également un apport de gravillons ou sable de rivière grossier à la terre d'origine et/ou plantez sur butte afin de garantir un drainage efficace.

L'épiaire laineux (Stachys lanata) 'Silver Carpet' au port tapissant, couvre-sol offre des feuilles argentées, au duvet épais. Les molènes ou verbascum sont aussi habillées de velours.
Les formes argentées sont particulièrement attrayantes, leurs hauts épis dressés eux aussi enveloppés de ouate blanche et laissant percer des fleurs jaune vif. Les séneçons arbustifs, dont Senecio greyi est le plus courant, montrent des feuilles persistantes blanches et des fleurs estivales jaunes. Il forme de gros coussins compacts.
Les hélianthèmes, sortes de cistes nains à feuillage velu, proposent un spectacle coloré en fin de printemps dans les rocailles.
Pour un feuillage argenté, rien de tel que les armoises (Artemisia) de tout acabit, rampantes ou buissonnantes, idéales afin d'adoucir l'aspect d'un massif par trop bariolé. L'herbe aux chats, à l'instar de Nepeta 'Six Hill's Giant', séduit par ses fleurs regroupées en nombreux épis fins, brouillard de fleurs bleues épanouies plusieurs mois durant. Il en est de même, en version plus hautaine et dressée avec le Perovskia des steppes d'Europe centrale.

Santoline argentée

Plantes aromatiques

Les huiles essentielles qui s'en dégagent constituent, en pleine chaleur, un léger brouillard autour des feuilles ce qui contribue ainsi à tempérer l'effet d'un ensoleillement cuisant.

Les cistes, ces arbustes méditerranéens typiques du maquis, exhalent des senteurs exotiques de leurs feuilles parfois gluantes (certains produisent le fameux labdanum!). Ces arbustes montrent en fin de printemps une somptueuse floraison. Les corolles parfois ocellées montrent des pétales chiffonnés façon coquelicots.
La mélisse dorée est une vivace précieuse pour son feuillage officinal, ses propriétés revigorantes. Ce "miel des abeilles" se ressème d'abondance alentour. Les santolines vertes ou grises sont des sous-arbrisseaux compacts aux fleurs en pompons jaunes ou crème. Si le sol est sec, le soleil disponible, ne vous privez pas des lavandes si odoriférantes, quitte à les installer au faîte d'un muret. De même le romarin rampant saura s'exprimer en cascades grisâtres, ponctuées en fin d'hiver de tendres fleurs bleutées. Faites-en aussi un couvre-sol pour garnir un talus aride où son aspect ondulant évoque naturellement une mer houleuse.

Agapanthe et Kniphofia

Racines profondes

Parmi les vivaces accommodantes au sec, nombre d'entre-elles enfoncent profondément leurs racines fasciculées ou leurs tubercules en profondeur. Elles sauront ainsi chercher aux tréfonds du massif la fraîcheur salvatrice et stocker ces précieuses réserves hydriques.
Pensez alors ainsi aux asclépiades tubéreuses (Asclepias tuberosa) une originale nord-américaine aux fleurs orangées attirant immanquablement les papillons. Les "tisons de Satan" ou kniphofias ont fière allure en été, avec leurs hautes tiges dressées coiffées d'un épi flamboyant, jaune orange ou rouge façon torche luciférienne. Ils complémentent à merveille les sphères bleues ou blanches des agapanthes, ces autres sud-africaines à l'allure exotique. En revanche, c'est des Andes que proviennent les "Lis des Incas" ou Alstroemeria aux fleurs bigarrées. Préférez alors les formes naines ou basses et n'hésitez pas à arracher les tiges défleuries pour inciter la touffe à se regarnir et refleurir d'abondance.

Feuillages lustrés ou pruinés

Ici, la parade consiste à recouvrir les feuilles de cellules endurcies, pourvues de peu de pores (ce qui limite naturellement l'évapotranspiration) et réfléchissant les rayons du soleil.
Tel est le cas de thyms aux feuilles souvent minuscules et rampantes, d'ailleurs robustes au point de supporter le piétinement, mais aussi des Coprosma, ces arbustes australiens aux feuillages très colorés selon les variétés et parfaitement brillants, comme encaustiqués. Ils feront ainsi merveille dans vos décors saisonniers d'été, voire sous une véranda surchauffée ou en bac sur la terrasse.
Le coriace des feuilles de laurier-rose en dit long sur sa résistance légendaire à la canicule tout comme celle des classiques lauriers-palme, indispensables en haie. En massif, les panicauts ou chardons bleus vous raviront de leurs corolles originales et ciselées sur fond de feuilles coriaces et piquantes.
Voici une autre solution ingénieuse: enduire la surface foliaire d'une cire ou "pruine" protectrice. C'est notamment le cas des œillets à feuillage bleu.

Eucomis Bicolor

Feuillages succulents

Gorgées d'eau, les feuilles des plantes dites "grasses" sont très résistantes à la sécheresse. De fait elles ne demandent aucun soin et sont prisées dans les situations extrêmes comme les toits végétalisés. C'est ainsi le paradis des orpins ou Sedum rampants aux mille atours, formes et couleurs. Les "artichauts" des joubarbes ou Sempervivum s'en accommodent également fort bien, tout comme les délospermas, ces cousines de ficoïdes, mais robustes et à la rusticité souvent étonnante, aux innombrables fleurs colorées et satinées...

Plantes géophytes

Ce vocable regroupe les plantes bulbeuses, tubéreuses, rhizomateuses… qui dévoilent une racine transformée en organe de réserve. Elles s'avèrent ainsi capables de résister par les temps les plus durs de canicule et de sécheresse.
Ainsi, la "fleur-ananas" ou eucomis, vous séduira par l'originalité exotique de son inflorescence de fin d'été et sa rusticité. Les superbes Amaryllis belladonna préfèrent passer l'été en dormance et fleurir d'abondance dès l'automne en opulents bouquets de trompettes roses, parfumées à l'abricot. Les cyclamens de Naples s'étalent rapidement en sous-bois, fleuris en fin d'été d'accroche-cœurs roses ou blancs avant que leur feuillage joliment panaché ne prenne le relais jusqu'au printemps suivant.

Philippe Ferret