Pour qui sait tout ce que l’on peut obtenir d’un simple lopin de terre en tant que source inépuisable de joies et de produits naturels, il n’est guère question de traiter cette matière vivante à la légère. Ne sommes-nous pas physiquement ancrés à cette terre tant malmenée de nos jours ? Il est donc temps d’en revenir à des valeurs cardinales et empiriques, mais à tout bien y réfléchir des plus évidentes, d’autant plus qu’elles sont hautement écologiques. Chaque jardinier peut ainsi s’inscrire, à son échelle, comme acteur du développement durable.

Attention, le sol est vivant !

Bien souvent, nous héritons d’un carré de terre adjacent à notre habitation. Lorsque celle-ci vient tout juste de sortir de terre, comme c’est le cas de nombreux pavillons périurbains, il y a fort à parier que moult gravas devront être évacués ou auront été sournoisement enterrés, qui plus est, sous une couche de mauvaise terre.
Peu de futurs propriétaires font en effet entreposer la précieuse terre de surface, celle qui s’est au fil des ans équilibrée et bonifiée. Avec les apports inéluctables de matière organique naturelle (comme les feuilles mortes par exemple) transformée en humus, la terre favorise l’épanouissement d’une véritable société d’organismes indispensables à la vie de la terre. C’est la microflore et la microfaune du sol que le jardinier n’aura de cesse de favoriser à son profit grâce à des apports supplémentaires de matières organiques (fumier déshydraté, terreau…) .

Toutefois, les anciennes pratiques culturales comme le bêchage profond sont de nos jours très critiquées car elles chamboulent trop ce bel équilibre en enfouissant cette strate supérieure et bien vivante du sol. On en est venu, ainsi, à faire les louanges d’outils bien moins destructeurs comme la Grelinette (de Monsieur Grelin) ou plus simplement de la moderne griffe rotative qui faisait il y a encore peu de temps s’esclaffer les jardiniers puristes. L’horticulture n’est pas une science exacte et il est toujours bon de se remettre en question sous l’éclairage de nouvelles informations et études scientifiques, ou encore tout simplement de l’expérimentation et de l’observation individuelle.

Favorisez le potentiel existant

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ces si précieuses microfaune et microflore dont la présence et le bon équilibre est indispensable à la vie et l’équilibre de tout sol. Ces organismes apprécient, vous l’aurez compris la richesse du sol en humus, naturel ou artificiel, mais ils demandent également un support dont un sol pas trop tassé. Inutile donc de bien préparer son terrain en surface si on le piétine négligemment par la suite.

Au potager, cela met en évidence l’importance des passe-pieds (petites allées) guère plus écartés de 1,30 m et qui délimitent les planches de culture. Dans les massifs, vous pouvez, de ci-de là, placez des pierres plates qui vous serviront de pas japonais. Ainsi, vous pénétrerez facilement dans vos plates-bandes pour diverses opérations culturales (binages, suppression des fleurs fanées, désherbages… mais aussi coupe de fleurs à bouquets) sans pour autant tasser votre terre. Notez aussi que certaines plantes ne s’acclimatent rapidement qu’en terre bien « rassie », c'est-à-dire là où le sol est mûr et donc n’a pas été récemment bouleversé. Tel est le cas de nombreuses plantes que je qualifie de « pantouflardes », souvent à souche rhizomateuse, comme les hostas.

Place aux acteurs de la vie

Une autre notion d’importance est celle qui fait dire que la nature a horreur du vide. Cet adage est aussi applicable en jardinage et vous l’avez sans doute déjà expérimenté. Laissez donc quelques semaines un coin de jardin tout juste retourné sans rien faire et il y a fort à parier qu’il va rapidement être envahi de mauvaises herbes.
Le fait de passer un désherbant chimique n’est guère recommandable, à la longue, car on s’expose ainsi à un risque de pollution, sans compter le ruissellement consécutif à une terre dénudée et qui peut provoquer des glissements de terre en zone pentue sans compter un lessivage inéluctable des éléments (humus et minéraux) les plus précieux du sol. De fait, l’apparition ultérieure de nombreuses mauvaises herbes issues de racines et donc vivaces ou bien de graines et donc annuelles ou bisannuelles devient inéluctable. En conséquence, il est sage de travailler le sol en toute connaissance de cause et, si on doit le faire bien avant sa mise en culture, de prendre certaines précautions.

Ainsi, certains étaleront simplement des papiers de journaux ou des cartons sur toute la surface pour inhiber la croissance des mauvaises herbes et maintenir une fraîcheur salutaire.

D’autres auront recours aux engrais verts afin d’enrichir et de stabiliser le sol. Il faut alors disposer de plusieurs semaines (trois mois au minimum) pour profiter des bienfaits de la superbe phacelia à fleurs bleues, des moutardes ou encore du sarrasin. Ces plantes apportent de la matière organique par leur feuillage enfoui et elles structurent aussi le sol par l’action de leurs racines voire l’enrichissent en azote dans le cas des légumineuses comme le trèfle, le sainfoin ou la vesce. D’autre part, elles favorisent la prolifération d’une faune utile au maintien d’un équilibre biologique au jardin. Elles attirent en effet des oiseaux et insectes utiles ainsi que de nombreux papillons. C’est tout bonus pour maintenir en échange et tout naturellement les populations de ravageurs habituels (pucerons, chenilles…) à un niveau décemment acceptable. D’où ultérieurement l’inutilité de nombreux traitements chimiques.

Savoir composer avec son sol

Vous me direz, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et d’aucuns sont moins bien lotis que d’autre en termes de qualité de la terre. Tout est alors affaire de « philosophie ».
Dans la plupart des cas, vous serez confronté à une alternative d'importance. Soit composer avec la nature et plus particulièrement la nature de votre terrain et adopter en conséquence un jardinage soft, en harmonie avec l’environnement (de fait bien moins contraignant ou coûteux), avec des plantes choisies en symbiose avec le milieu. Ou bien vous pratiquerez des méthodes de jardinage plus classiques, à grand renfort d’amendements, de travaux, de soins et de surveillance pour cultiver des plantes parfois incongrues comme des rhododendrons dans une terre calcaire ou tout simplement une pelouse impeccable et tirée à quatre épingles en sol caillouteux.
A vous de mesurer l’impact de ce choix crucial, si possible avant d’entreprendre quoi que ce soit, car il est bien difficile de revenir en arrière par la suite. Vous l’aurez compris, le jardinier contemporain et dilettante choisira à raison la première solution, d’autant qu’elle n’est pas synonyme pour autant de jardin négligé et inesthétique. Tout du moins obtient-on ainsi un petit paradis sans trop de soucis, bon enfant et où il fait bon vivre.

Paillis de gravier

Couvrir le sol

Dans ces deux cas de figure, vous avez tout intérêt à pratiquer la couverture du sol entre les plantes mises en place.
Ayez pour cela recours aux différents paillis ou « mulchs » de matière organique du commerce ou provenant de recyclage (cosses de cacao, paillette de lin, écorce de pin, broyats végétaux, tontes de gazon…) ou bien à des matériaux d’origine minérale (gravillons, sable grossier, cailloux, ardoise concassée…).
Appliquez-les en épais matelas protecteur d’au moins 7 cm d’épaisseur et offrant alors de multiples avantages. À commencer par la suppression de la levée des mauvaises herbes de semis, puis le maintien d’une bonne fraîcheur du sol et un aspect esthétique indéniable. D’autre part, la plantation de végétaux dits «couvre-sol» est également bénéfique à plus d’un titre. Celles-ci masquent élégamment la terre, concurrencent les mauvaises herbes annuelles et enfin maintiennent le sol par leur enracinement profond, ce qui n’est pas négligeable dans le cas de talus plus ou moins pentus.

Du reste, rien ne vous empêche de combiner les avantages des paillis à ceux des plantes couvre-sol pour un résultat d’autant plus efficace et attrayant. Toutefois, avant de mettre en place de tels matériaux et plantes, mieux vaut effectuer un désherbage chimique (avec notre désherbant bio par exemple) pour supprimer les adventices vivaces qui repousseraient sinon de leurs racines (liseron, chiendent, chardons…). Le paillis ou les couvre-sol annihileront l’apparition de mauvaises herbes annuelles ou bisannuelles habituellement issues de semis naturels et dont toute terre s’avère porteuse.

Philippe Ferret