En ce monde en pleine mutation, le jardinage pourrait sembler un refuge contre les bouleversements alentour. Et pourtant, les vieilles méthodes pour cultiver la terre sont détrônées par une approche dictée par les observations, les expérimentations, une nouvelle compréhension de la vie du sol dans l'esprit respectueux de la nature. Le vieux jardinier doit savoir se remettre en question alors que le profane n'a plus qu'à emboîter le pas des fervents des approches douces. A la clé, le jardinage devient moins besogneux et plus gratifiant… Bref, que du bonheur !!!

Respect avant tout

Cette nouvelle approche du travail du sol est basée sur le respect naturel de cette matière qui nous fait vivre. Avant tout, il convient d'observer, d'expérimenter avec respect, de mettre en perspective nos actions quotidiennes.
Respecter c'est bien sûr aimer, aimer la microfaune, qui, pour être minuscule n'en est pas moins indispensable, aimer les bactéries, les champignons, tous les organismes vivants qui animent, vitalisent la terre. C'est aussi accepter la présence des ravageurs, parasites et maladies pour mieux les combattre "à la loyale", par l'emploi de substances naturelles, de trucs et astuces éprouvés, d'ingéniosité.

Sus au tassement

De nombreux organismes aérobies, dont de précieux vers de terre, se plaisent et travaillent pour nous dans la couche superficielle du sol. Le fait de tasser le sol est donc préjudiciable à leur efficacité. Si vous devez accéder au fond des massifs, choisissez une période de gel ou bien employez des planches afin de répartir, de pondérer l'effet de tassement. Piétiner contribue aussi à changer la structure du sol, favorise l'apparition de flaques d'eau, la prolifération de nombreuses mauvaises herbes comme les plantains opportunistes… Maintenez donc la surface du sol bien aérée, ce qui limitera les adventices et augmentera la porosité du sol.

Éviter le sol nu

La nature a horreur du vide et dès que le sol est nu apparaissent les mauvaises herbes. Le sol gèle plus en profondeur et les risques de ravinements augmentent. Appliquez des paillis de toutes sortes, ce qui vous permettra, par la même, de recycler vos déchets : feuilles mortes, compost voire même vos tontes employées en petites couches répétées.

Les anciennes pratiques bouleversent l'équilibre du sol

Retournement

Jadis, il vous était conseillé de retourner chaque année, en automne, votre potager. Pire encore de bêcher profondément, à deux fers de bêche. Ceci était tout aussi destructeur pour les lombaires du jardinier que pour le sol dont les strates naturelles étaient, de fait, bouleversées. La vie, l'équilibre du sol en surface, précieuse et longue à concoctée, était ainsi remise en question systématiquement chaque année. La vie aérobie se trouvait alors enfouie.
Les strates superficielles sont préférablement respectées grâce à l'emploi d'outils comme la rotogriffe, la biogrif et autres outils plébiscités par les tenants de la culture biologique. Les béquillages ont ainsi remplacé les labours. Ces nouvelles pratiques prônent donc des préparations du sol bien moins invasives. C'est tout au bénéfice du phénomène de rhizodéposition récemment mis à jour. Il démontre qu'un réseau ténu de mycéliums de champignons aide les plantes à prospecter et capter les nutriments éloignés.

Engrais verts à gogo

Dans le même esprit que celui de ne pas délaisser un sol nu, l'emploi des engrais verts entre chaque culture, et surtout lors de la période hivernale, est gage du renouvellement de la richesse du sol sans apport d'engrais chimiques. Les plantes de la famille des légumineuses (vesce, trèfle, sainfoin…), n'ont en effet pas leur pareil pour apporter naturellement de l'azote.
De même, de telles cultures permettent d'améliorer tant la structure que la texture du sol à l'image du seigle qui fractionne les sols argileux. Ne laissez pas le sol "se reposer" comme jadis, il ne demande qu'à être productif et actif.

Les intrants surveillés

Il n'y a pas de substance inoffensive aussi bien pour les plantes que pour le sol. Songez à la vie du sol, à tous ces organismes tout aussi sensibles que les prédateurs ou les champignons de surface. Même un excès, une accumulation de cuivre par l'emploi de bouillie bordelaise, pourtant autorisée en culture biologique, est susceptible d'éliminer la population de surface des vers de terre.
Les pellets de neem, bien que conseillées comme engrais bio sont préjudiciables aux lombrics. Il s'agit complémentairement d'un insecticide total.

N'oubliez pas que "rien n'est poison, tout est poison, c'est la dose qui fait le poison". Sans adopter un intégrisme forcené, mieux vaut chercher et appliquer la méthode la moins invasive et la plus "douce" pour cultiver son jardin, pour soi comme pour nos enfants.