Il ne fait aucun doute que les graminées décoratives ont le vent en poupe et se rencontrent de plus en plus dans les massifs des jardins contemporains. Il faut dire qu'elles n'ont pas leur pareil pour apporter grâce, couleur et tonicité par leur port souple et harmonieux. Elles se marient à merveille avec la plupart des plantes vivaces , dans des scènes généreuses et dynamiques. En effet, leur feuillage fin et souvent coloré ou panaché, leur graphisme attrayant, qu'il soit souple ou dressé, ainsi que le bonus de leur belle floraison... signent des plantes qui apportent une note bucolique, naturelle aux scènes les plus raffinées. Faciles à cultiver, on les trouve dorénavant proposées en de nombreuses espèces, formes et variétés.

Parmi les cousines des graminées, les carex où laîches sont appréciées par leur feuillage en gerbe colorée, de bronze chez les variétés les plus exotiques, panachées de blanc ou de jaune pour les autres. Ces plantes font aussi bel effet en pot ou dans les jardinières.

Comment les employer ?

Plantez les formes les plus basses en petites colonies plantées selon une trame aléatoire pour un maillage moutonneux. Ainsi les fétuques aux jolis coussins bleus ou vert émeraude composent des avant-plans graphiques, à moins que vous ne les mettiez en valeur parmi les rochers d'une rocaille.
Mélangez aux rosiers et autres plantes vivaces les formes de taille moyenne et sages comme le Calamagrostis à port dressé, les très nombreux Stipa aux inflorescences de longue durée ou encore l'avoine bleue (Helictotrichon sempervirens).

Effet graphique des graminées

Les graminées les plus hautes, très structurantes, feront merveille en fond de massif et, pour les cannes de Provence (Arundo donax) ou les eulalies (Miscanthus) au port imposant, en haies ou même brise-vent.
Les formes les plus belles pour leur feuillage coloré comme l'Imperata rouge, l'Hakonechola panaché de jaune ou encore ou encore les Cortaderia (herbes de la Pampa) panachés apportent des notes colorées de longue durée en comparaison avec le côté éphémère des floraisons.

C'est surtout en fin d'été et d'automne que vous apprécierez les élégants épis aériens des graminées ornementales à l'instar des Pennisetum, Panicum ou Deschampsia. L'herbe aux diamants, celle aux cheveux d'ange ou l'amourette sont autant d'herbes qui font rêver. Nombre d'entre elles resteront d'ailleurs attrayantes jusqu'au cœur de l'hiver, lorsque leurs épis passés accrochent joliment le moindre givre.
D'autres encore nous gratifient de leur présence hivernale par leur feuillage persistant. Il en est ainsi des Deschampsia aux feuilles vert émeraude , de nombreux carex, luzules et fétuques.

 Les graminées se cultivent aussi en pot

Comment les cultiver ?

Je vous conseille de planter vos graminées au printemps, tout comme les bambous ces autres graminées, c'est-à-dire lorsque les plantes reprennent leur végétation. Un sol réchauffé et peu mouillé assurera une reprise rapide. Sauf cas particuliers, plantez en sol bien drainé, si besoin est en l'assouplissant à l'aide de sable grossier ou de gravillons. Rabattez par la taille les graminées à feuillage non persistant chaque année, en fin d'hiver. Vous procéderez à la division des touffes en début de printemps, car les fortes gelées et humidité conduit souvent à la perte des jeunes plantations.

Gare aux formes envahissantes !

Prenez garde aux espèces virulentes par leur souche rhizomateuse. Il en est ainsi du familier oyat des dunes, pourtant superbe pour son feuillage bleu (Elymus ou Leymus glaucus), mais, convenons-le, idéal pour retenir des talus caillouteux. Ne l'associez jamais à des rosiers comme le préconisent imprudemment des paysagistes en vogue.
Le Spartina apprécie les terres fraîches comme la berge d'un plan d'eau où sa forme à feuilles marginées s'avère longtemps attrayante. Le ruban de bergère ou Phalaris arundinacea 'Picta' se plaît en tous terrain et offre un superbe feuillage marginé de crème. Quant au Phragmites, le roseau commun, il est à réserver uniquement aux bords de grands étangs pour former des roselières denses.

Philippe Ferret