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Le jardinier débutant aborde souvent le monde des plantes vivaces avec frénésie tant certains médias semblent porter ces plantes au pinacle. De plus, leur appellation augure satisfaction sans trop de soin. Soyez néanmoins circonspects ! Si nombre de vivaces démontrent un caractère facile et bon enfant, une facilité de culture et une générosité de floraison certaines, il n'en est pas de même d'autres espèces parfois décevantes, du moins lorsqu'elles ne sont pas employées à bon escient..

La juste dénomination

Les anglais ne s'y sont pourtant pas trompé et ils ont adopté pour ces plantes le terme de perennials ce qui veut dire plante pérenne c'est à dire qui dure plusieurs années. Les choses sont ainsi claires. En effet, le vocable "vivace" ne désigne pas forcément, comme bien souvent dans le langage populaire, des qualités de robustesse, de résistance au froid ou aux maladies… comme ce terme le suggère parfois.
Revenons donc à nos moutons… Une plante vivace est, par définition, une plante qui ne fait pas de bois (contrairement aux arbres et arbustes), et dont la souche dure plusieurs années. Indifféremment, leur partie aérienne peut d'ailleurs montrer un feuillage caduc ou persistant. En dehors de cela, force est de constater que certaines vivaces rustiques ici ne le sont pas là. En effet, selon le climat et les régions, des plantes exotiques dites semi-rustiques comme les agapanthes, les tisons de Satan ou Kniphofia, les penstémons… perdureront en climat maritime pour succomber en moyenne altitude. En climat continental, le choix précis des variétés les plus rustiques et un épais matelas protecteur de la souche en hiver permet de les voir quand même prospérer.

La Fougère est une plante vivace de sous-bois, de culture facile

Une vaste palette

Parmi les vraies plantes vivaces, on compte nombre de plantes de rocaille, de fougères et de graminées ainsi que la plupart des plantes géophytes c'est-à-dire dont la racine sert d'organe de réserve (bulbes, cormes, tubercules, rhizomes). Vous trouverez aussi dans leurs rangs des plantes carrément rases comme l'helxine ou la sagine, guère plus hautes que 3 cm et des géantes culminant à plus de deux mètres à l'image des macleayas ou des Helianthus géants.

Casanières ou intrépides

Toutes les vivaces ne sont pas vigoureuses. Ainsi, si vous plantez un hosta, un bergénia ou encore un dictamnus, il vous faudra attendre plusieurs années pour obtenir une touffe plantureuse. Tel n'est pas le cas de certains autres végétaux comme les gaillardes, les coréopsis ou encore les valérianes qui assurent rapidement un spectacle généreux durant la première année de plantation. Au point que parfois elles s'essoufflent et leurs tiges sont trop faibles pour résister à l'hiver. Une taille en automne est alors salutaire pour les inciter à refaire des jeunes pousses robustes.

Horticoles ou sauvages ?

Vous trouverez dans les rangs des vivaces des plantes très améliorées par l'homme aux côtés des véritables sauvageonnes. Nul doute que ces dernières demandent bien moins de soins et que les premières proposent des fleurs d'une grande beauté, souvent plus grandes et colorées, parfois même doubles. Toutefois, ces beautés fatales ont souvent leur point faible. Les grands et mythiques delphiniums par exemple réclament une terre riche, des arrosages soignés, un tuteurage efficace pour révéler leur splendeur deux fois l'an… alors que les hybrides de belladonna, plus modeste certes, demandent bien moins de soins.

Gare aux confusions !

Dans certains catalogues, vous trouverez aux côtés des plantes vivaces nombre de végétaux qui n'en sont pas. Tout au plus sont - ils cultivés comme les plantes vivaces. Tel est le cas de la monnaie du pape, de certaines molènes (Verbascum), de digitales, ou du grand chardon gris appelé Onopordon qui sont en fait des bisannuelles, mourant après leur floraison première et unique floraison. En revanche, ces éphémères produisent souvent des graines en abondance et réapparaissent sous forme de semis spontanés, parfois bien loin de l'emplacement originel. Les bruyères, les lavandes, les véroniques arbustives (Hebe) ne sont autres que des sous-arbrisseaux.

Attention aux envahisseuses !

Une des plus grandes déceptions quant à l'utilisation des plantes vivaces réside dans le fait que certaines montrent vraiment un caractère envahissant et même pugnace. Ce sont toutefois des plantes indispensables lorsqu'elles sont employées à bon escient pour retenir les talus, garnir des recoins déshérités, coloniser des sols ingrats. Le tout est d'être prévenu et attentif. Attention donc au millepertuis, au Macleaya précédemment cité, à l'herbe aux gueux (Aegopodium), aux pervenches, à l'euphorbe cyparissias ou encore aux anémones du Japon, à l'armoise ou Artemisia pontica et à l'Achillea ptarmica… Un jardinier prévenu en vaut deux!

Philippe Ferret

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