L'automne venu, l'horloge biologique de nombreuses plantes du jardin (du moins les arbres et arbustes caducs et la plupart des plantes vivaces) les incite à terminer leur cycle de croissance. Une magnifique coloration précède souvent la chute des feuilles qui est causée par la sécrétion d'une sorte de liège à l'endroit où le pétiole est attaché à la tige. Cette véritable alchimie se déclenche mystérieusement en fonction des combinaisons météorologiques inhérentes à chaque année.

La mystérieuse alchimie de l'automne

Un véritable kaléidoscope de feuillages

L'amplitude des températures entre le jour et la nuit, l'arrivée des premières gelées blanches, une pluviométrie plus importante et la lumière qui décroît... sont autant de facteurs croisés qui font qu'il n'y a pas deux automnes semblables. De plus, si des tempêtes surviennent, elles compromettent généralement la durée de ce spectacle.

Profitons donc des moindres fantaisies de la nature pour apprécier la livrée colorée et changeante des arbres qui nous entourent. Des promenades en forêt, dans les parcs et arboretums sont sources inépuisables d'inspiration pour magnifier cette saison en son jardin.

Sachez cependant que les subtiles nuances des feuillages dépendent également de la variété ou du clone choisi, ce qui est typique chez les copalmes d'Amérique (Liquidambar styraciflua) par exemple.

Liquidambar styraciflua

De même la nature du sol (plus ou moins acide ou calcaire, frais ou sec) joue un rôle non négligeable comme dans la coloration des hortensias. Erable, parrotia, arbre à gâteau (Cercidiphyllum japonicum), amélanchiers, fusains (Euonymus sp.), hamamélis, chênes, sumac (Rhus typhina) et bien d'autres essences ligneuses vous combleront ainsi de belles couleurs.

Une présentation digne d'un joaillier

Les baies et les fruits décoratifs sont l'apanage de nombreuses variétés de plantes qui mériteraient, rien que pour cela, une place de choix dans tous les jardins. En effet, ces fructifications tardives perdurent souvent sur l'arbre une bonne partie de l'hiver, du moins pour celles qui n'attirent pas trop les oiseaux chapardeurs. Ceux-ci, du reste, sont principalement gourmands de rubis et de grenats bien luisants.

Symphorine 'Mother of Pearl'

Les arbres et arbustes nous proposent une palette infinie de joyaux dans des tons insoupçonnés. Le rose des baies de certains sorbiers, des pernettyas ou des fusains (Euonymus) devient lilas foncé chez le curieux callicarpa. Chez l'Ampelopsis 'Elegans' elles rappellent le lapis-lazuli, chez le Viburnum davidii on note des reflets bleu métallique.

L'arbre à faisans (Leycesteria formosa) montre des jolies grappes brunes au goût de caramel. Le jaune des fruits de pyracanthas, de certains pommiers d'ornement (Malus) et cotonéasters se marie à merveille avec les tons rouges ou orangés des baies de rosiers, de l'argousier (Hippophae), des houx, des viornes (Viburnum sp.) et aubépines. Des fruits albinos se remarquent chez certains skimmias et sur la populaire symphorine.

Rudbeckia speciosa 'Goldsturm'

Des fleurs à foison

En un véritable chant du cygne, la nature nous offre alors une véritable apothéose de couleurs avant de prendre du repos. Nombreuses sont les fleurs qui attendent patiemment l'automne pour s'épanouir à foison.

Il leur faut en effet une longue période de végétation suivie d'une réduction notable de la durée du jour au profit de la nuit (les aléas du photopériodisme). Les asters et chrysanthèmes d'automne ont bien sûr la vedette, mais n'oubliez pas pour autant les anémones du Japon, les Ceratostigma au bleu de gentiane, le Lespedeza mauve et alangui ou encore l'agneau chaste (Vitex) aux épis bleus.

Un parfum sucré émane du gracile Amaryllis belladonna, une bulbeuse exotique.
Sedum 'Herstfreude' et Rudbeckia 'Goldsturm' forment un duo attachant sans compter les nombreux polygonums et les dahlias qui ne s'arrêteront de fleurir qu'après les premières gelées significatives. Les colchiques et les nérines émaillent les massifs de rose tandis que les inflorescences plumeuses des graminées ondoient à la moindre brise.
Décidément, l'automne n'a pas fini de nous étonner. Laissez-le donc s'exprimer dans toute sa splendeur au sein de votre jardin, si petit soit-il.

Philippe Ferret