Des camellias qui n'ont pas peur du froid. L'interview de la SNHF

Ce mois-ci, notre partenaire la Société Nationale d'Horticulture de France (SNHF) a rencontré Claude Thoby, spécialiste des plantes de terre de bruyère. Balayons avec lui toutes nos idées reçues sur les camélias!

SNHF : Votre pépinière est installée à Nantes. C’est une ville qui connaît parfois des hivers extrêmement froids et pourtant on y trouve de superbes camellias.

Claude Thoby : C’est vrai que nous connaissons parfois des hivers très rigoureux chez nous. Ainsi, le 27 décembre 1879, le thermomètre descend à -18 °C. Il faut à l'époque dégager l’abord des ponts à la dynamite. La Loire est prise dans toute son étendue. Lors du célèbre et triste hiver de 1956, la température descend à -16 °C. Il fait +10 °C le 1er février. Le lendemain, 2 février, nous enregistrons -10 °C. Le froid dure un mois ! En 1963 encore, le froid est si intense que l’on patine sur la Loire et l’Erdre. A nouveau, en janvier 1985 et février 1986, la température descend à -18 °C. Le froid persiste alors pendant près d’un mois entre -10 et -15 °C. Vous voyez, nous connaissons notre lot d’hivers difficiles, même à Nantes !

Fort de ces expériences, je peux vous dire que la résistance des camélias dans l’ouest de la France et sur l’ensemble du littoral est véritablement surprenante. Dans les parcs de Nantes et des environs, se trouvent de vieux camellias plus que centenaires. Ils ont subi les pires hivers, les tempêtes les plus violentes, les soleils les plus ardents, mais ils ont les pieds bien protégés par une épaisse couche de feuilles et ils résistent.

SNHF : quelles précautions prendre pour protéger ses camellias du froid ?

CT : Depuis deux siècles, des observations sur la culture du camellia sont régulièrement publiées. Aujourd’hui cependant, je demeure trop souvent étonné du manque de connaissance élémentaire sur leur rusticité.
Certains amateurs se refusent à les planter dans leur jardin, et si on leur demande pourquoi, ils répondent unanimement “c’est trop fragile”. C’est vrai quand il s’agit de la fleur, c’est faux quand il s’agit de la plante !

Une règle absolue est de planter en connaissance du terrain et du climat, les deux étant d’égale importance. Il ne faut pas se focaliser uniquement sur la température, comme on a tendance à le faire trop souvent. Une même plante peut très bien se comporter tel hiver à -15°C, et souffrir, voire périr, tel autre hiver à -10°C. Le froid survenant en morte-sève aura peu d’action sur les tissus. Il n’en sera pas de même pour les plantes déjà en début de végétation. Bien établi en pleine terre, le camellia peut supporter des températures jusqu’à -15°C, voire -18°C, à condition que le gel et le dégel surviennent progressivement. En revanche, une température négative de quelques degrés jour et nuit, qui durera un mois, aura pour conséquence de geler un sol non protégé. Le vent aussi amplifie cette action. Au fil des jours, le gel descendra en profondeur, bloquant ainsi le système racinaire. Au dégel, les feuilles reprendront leur fonction respiratoire. Les racines ne pouvant absorber l’eau, la plante périra non pas de froid, mais de soif. D’où la nécessité, dès que la température le permet, d’asperger le feuillage fréquemment et d’arroser la terre pour activer le dégel, afin d’atteindre les racines superficielles au plus tôt. Arrosage et bassinage réhydratent rapidement les tissus. Un ombrage le protégeant du soleil sera bénéfique. C’est pourquoi, il est bon de couvrir le sol dès la plantation d’une couche de feuilles sèches, d’écorces de pin broyées, de paille, ou de toute autre matière isolante. Il faut protéger le collet de la plante autant que possible.

SNHF : Y a-t-il une exposition plus favorable ?
CT :
Contrairement, là aussi, aux idées reçues, si l’on veut bien protéger le camellia tant pour le feuillage que pour les racines, il est recommandé de planter au nord plutôt qu’au sud. Les changements de température étant progressifs, les cellules végétales n’éclatent pas. Autre avantage : pendant l’été, les brûlures sur les feuilles sont évitées. Les gelées printanières, même de courte durée, peuvent endommager les nouvelles feuilles, très vulnérables. Il suffira alors de tailler les pousses gelées dès la fin du gel. La plante n’en souffrira pas, mais le boutonnage pourra être compromis, si la taille intervient trop tardivement.

SNHF : Les fleurs sont plus fragiles. Peut-on vraiment les protéger ?

CT : Si les fleurs simples ou semi-doubles, lorsqu’elles sont en bouton, résistent très bien, il n’en va pas de même pour les fleurs imbriquées. Cette fragilité au gel provient du point d’insertion de tous les pétales sur le réceptacle. On peut le constater un ou deux jours après un gel important. Il suffit de couper en deux le bouton dans le sens de la longueur : le point d’insertion à la base des boutons est devenu noir. Les fleurs ne s’ouvriront pas ou qu’imparfaitement. Mais en général, la chute des boutons est évitée. Au fil des hivers les plus froids, les camellias sont toujours bien présents.

SNHF : Qu’en est-il des camellias en pot ?

CT : Le problème est différent pour les camellias installés en pot ou en jardinière, sur les balcons et les terrasses. Les plantes étant plus vulnérables, il convient de les protéger dès le début de l’hiver. Un grand contenant rempli d’un matériau isolant est idéal pour accueillir les jarres. Les arbustes peuvent aussi être protégés par un film à bulles, etc.

SNHF : Et si, malgré toutes ces précautions, notre camellia ne résiste pas au froid ?

CT : Il est important de dire qu’après des hivers catastrophiques, il est toujours possible d’avoir d’heureuses surprises ! On a vu des camellias complètement gelés repartir du pied l’année suivante. D’où l’importance de ne pas arracher tout de suite. Beaucoup de plantes se refont naturellement. Il ne faut jamais perdre espoir : la nature recèle toujours des forces cachées et insoupçonnées pour le jardinier patient. Ne craignons pas de planter ces merveilleux camellias. Ils ont une croissance très lente, mais ils nous survivront !