Dossier

Pour nombre de jardiniers, le gazon est énergétivore et demande des soins attentifs. Le sempiternel "tapis vert" commence à trouver ses détracteurs qui le trouvent peu écologique : nécessité d'arrosages abondants, désherbages chimiques, monoculture donc antibiodiversité, sans compter la nécessité de tondre une fois par semaine en été. Si vous souhaitez changer, examinons ensemble quelles sont les alternatives ?

La prairie fleurie

Si vous disposez d'une grande surface engazonnée, peut-être serez-vous séduit par le style "prairie fleurie". Ceci réduit significativement l'entretien à une ou deux fauches par an. Une en juin-juillet (après les resemis naturels) puis, éventuellement, pour plus de netteté une autre fois en automne. Conservez alors quelques allées engazonnées et tondues régulièrement, juste pour accéder facilement aux autres parties du jardin. Arrêtez, ailleurs, les tontes et laissez la nature reprendre ses droits. En automne, plantez (à l'aide d'un plantoir spécifique, une sorte d'emporte-pièce à long manche et ceci après une fauche) une foule de bulbes à naturaliser : narcisses, fritillaires méléagres, perce-neige à mi-ombre, camassias... à disposer de façon aléatoire donc naturelle et qui formeront en l'espace de quelques années de belles nappes fleuries au printemps. Vous verrez revenir rapidement nombre d'insectes (dont des papillons) et un écosystème se développer.

Prairie fleurie spéciale situation ombrée, avec gazon tondu régulièrement

Des couvre-sol en l'envi

Autre solution envisageable : employer des plantes capables de garnir rapidement le sol, aussi bien au soleil qu'à l'ombre. Cependant, mieux vaut éviter de les piétiner comme une pelouse. En revanche, vous profiterez alors de superbes feuillages et de floraisons pimpantes là ou jadis régnait le vert uniforme (voire le jaune en été !!!).
Les grandes surfaces seront avantageusement minéralisées pour partie grâce à la pose de dallages ou au recours à des gravillons ou bien encore à l'aide de caillebotis à l'aspect chaleureux. De fait, ces installations changeront radicalement l'allure de votre jardin. Complétez par des "plages végétales", une flopée de plantes à port étalé ou rampant que vous installerez sur un terrain précédemment expurgé de ses mauvaises herbes.

Pensez à épandre, juste après la plantation, un paillis protecteur et antiadventices entre vos nouvelles venues. Cela les aidera à s'installer tout en limitant la levée des mauvaises herbes issues de graines et sinon inévitables. Au besoin, employez en sous-couche un feutre géotextile ou un film spécifique en plastique microperforé.

Vous choisirez ensuite parmi une longue liste d'arbustes rampants comme les cotonéasters, certains saules, dans le sud le romarin rampant… capables de couvrir, en nombre, de belles surfaces à l'ombre ou au soleil selon les espèces choisies. Côté plantes vivaces, vous n'aurez que l'embarras du choix. Pour n'en citer que quelques-unes parmi les plus efficaces, pensez au géranium macrorrhizum, capable d'étouffer les mauvaises herbes, aux pervenches, aux lamiers diversement panachés…

©Philippe Ferret - Un Bugle pourpre en bordure d'une allée

Attention aux envahisseuses !

Si elles s'avèrent précieuses pour garnir de grands massifs, méfiez-vous des plantes les plus vigoureuses employées dans des espaces exigus. Il en est ainsi de l'herbe aux goutteux (Aegopodium) et même de sa forme panachée, des euphorbes robbiae et cyparissias, du lierre familier ou d'Irlande, de l'intrépide aspérule odorante

Reines de l'ombre

Les recoins ombragés sont particulièrement propices à l'installation de véritables mosaïques végétales, de patchworks où se révèlent côte à côte, où s'entremêlent feuillages colorés et fleurs graciles. Optez alors sans retenue pour les tiarellas et tellimas, jolies en toutes saisons, les phlox rampants, le fraisier des bois, l'asaret d'Europe à feuilles rondes et luisantes, les consoudes invincibles, les violettes du Labrador à feuilles pourpres…
Dans tous les cas, ombre ou soleil, conservez une proportion minimale de feuillages verts et persistants afin de reposer le regard. Disposez les espèces et variétés en groupes aux contours variés, en vagues ou, plus formellement, en bandes ou damier.

Plantez en strates

Ces plantes restant pour la plupart basses, il est intéressant d'incorporer, sous leur verdure, des bulbes à fleurs de printemps tels que narcisses, muscaris, scilles… ou bien pour l'automne les colchiques, le sternbergia (sorte de crocus jaune) ou encore les cyclamens de Naples, aussi jolis en feuilles qu'en fleurs.
L'essentiel est que le couvre-sol ne dépasse pas un tiers de la hauteur des bulbes en fleurs. Vous obtiendrez ainsi, au même endroit, des floraisons, des tableaux différents selon les saisons, qui plus est sans plus de soins.

Philippe Ferret