Imaginez, à l'échelle d'un continent comme l'Amérique du Nord, la richesse incommensurable de la biodiversité végétale. Celle-ci est mise, de nos jours, à la disposition des jardiniers aventureux. En effet, cet héritage végétal occupe une place de plus en plus importante dans les catalogues européens sous forme d'espèces ou de variétés attachantes, aptes à transfigurer, revitaliser nos massifs et plates-bandes.

Un peu d'histoire

Ce n'est que tardivement que les Américains se sont rendu compte de la biodiversité incomparable de leurs si divers territoires et qu'ils se sont mis à en observer, dénombrer, inventorier la flore avant de la multiplier en pépinière. De fait, aux côtés de plantes types nombreuses et indispensables, sont apparues des sélections en cultures (sous forme de "cultivars"), et des obtentions de variétés (par hybridations). L'échantillonnage aujourd'hui proposé brosse toutes les catégories de végétaux, des arbres et arbustes aux espèces annuelles ou plantes de rocaille. La palette est riche aussi en plantes appelées xérophytes, adeptes des milieux secs et climats dits "méditerranéens", donc aux jardins sans arrosage comme de sujets prisés pour planter les "rain gardens", supportant donc sans coup férir les alternances de submersion et de sécheresse. Ces derniers jardins fonctionnels servent, là-bas, à canaliser, filtrer et récupérer de manière écologique les pluies généralement diluviennes.

Les jardiniers américains sont très sensibles aux espèces sauvages et n'hésitent pas à leur dédier leur jardin ou un coin de leur domaine. Il faut dire qu'avec une telle richesse de plantes, pour la plupart fort esthétique, je les comprends fort bien. Nul doute que le jardinier français un brin créatif saura mettre à profit une telle manne de plantes "exotiques" à ses yeux et pourtant aisément acclimatables sous nos contrées.

Les échinacées nous viennent d'Amérique

Des plantes à la mode

Ce sont principalement les plantes vivaces américaines qui sont proposées et recherchées de nos jours. Parmi celles-ci, nombre de genres s'avèrent hautement décoratifs. Jugez-en plutôt.
Qui ne connaît pas, dorénavant, les échinacéas, ces cousins des rudbeckias (autres Américaines bon teint) qui sont déclinés en une infinité de variétés. D'abord à fleurs roses, blanches, voire jaunes, ces espèces croisées entre elles ont donné des variétés étonnantes dans une gamme de teintes très variée, à fleurs doubles triples, à cœur d'anémone… d'autres sont si étranges qu'elles font penser à un caniche juste toiletté. Bref, il y en a pour tous les goûts et de toutes les couleurs.
Les véronicastrums sont aussi fabuleux par leur port dressé, leur feuillage verticillé (les feuilles sont radiantes autour de la tige) et leurs épis graciles, hauts et éthérés, blancs, roses ou bleutés.
Les penstémons, ces cousins des mufliers, sont tout autant utiles en plantes saisonnières qu'en vivaces à la floraison estivale abondante. Tous ne sont cependant pas rustiques sous nos climats, certains plantes de rocailles et résistant à la canicule, d'autres pour massifs pérennes ou saisonniers, à petites fleurs ou grosses clochettes, en épis plus ou moins denses.
Encore peu connus, les baptisias sont des cousins très rustiques et durables des classiques lupins. On ne peut guère que leur reprocher d'être lents à s'implanter, mais ces merveilles développent des touffes opulentes garnies d'épis jaunes, bleus, voire bicolores, ou au teint chocolat.

Les asters se déclinent en un grand nombre de cultivars !

Vos massifs s'enorgueuilliront aussi de fleurs pimpantes comme celles des phlox nains ou dressés, plus classiques, des monardes aux fleurs échevelées, des gauras évoquant un vol de papillons roses, blancs ou bicolores, des échinacées à la palette de couleurs de plus en plus étendue ou des soleils vivaces, si généreux, sans compter d'innombrables asters dont bon nombre d'espèces et variétés sont encore à découvrir.

Côté bulbeuses, vous craquerez certainement pour les camassias, plantes très résistantes pour sol plutôt frais, qui se naturalisent donc aisément dans les prairies: beaux épis de fleurs bleu vif ou blanc crème, à fleurons simples ou doubles, en mai-juin.
À mi-ombre, vous pourrez implanter bien d'autres merveilles comme Mertensia sibirica, une belle éphémère aux superbes fleurs bleues pour sous-bois printanier, les nombreuses formes de trilliums dont les feuilles et fleurs sont régies par le nombre 3 pour des graphismes magnifiques.

Au bord de l'eau, votre choix se portera vers de splendides lobelias aux couleurs parfois insensées ou bien vers les hibiscus des marais aux fleurs géantes et colorées, parfois montrant une cocarde contrastée.

Philippe Ferret