un massif à faire soi même

Le jardin se compose généralement de différents massifs, parcelles bien délimitées dans lesquelles les plantations sont regroupées. Le jardinier débutant plante au petit bonheur, au fur et à mesure de ses achats d'impulsion, au risque d'obtenir un spectacle confus, difficile à appréhender et à entretenir. Mieux vaut plutôt raisonner par massif et créer chacun d'entre eux progressivement afin de ne pas se disperser. Les plus aguerris pourront mettre également à profit ces réflexions afin de peaufiner ou restructurer les massifs vieillissants.

1- Sa raison d'être

La configuration de votre jardin, l'emplacement de la maison ou de bâtiments, le tracé des allées, les limites et la configuration du terrain… conditionnent les espaces libres et végétalisables.

2- Équilibre et proportions

Hormis la place dévolue aux circulations, remplir son jardin intégralement de plantes est une solution tout à la fois énergétivore et peu esthétique. Prévoyez des plages reposantes de gazon ou des zones gravillonnés, des espaces à vivre tels que coin barbecue, jeux des enfants, espace de repos

3- Un but = un projet

Déterminez ce que vous attendez d'un tel massif, sa période d'apothéose souhaitée ou bien des attraits successifs pour chaque saison, estimez la charge d'entretien envisageable, le budget de mise en œuvre.

4- Appuyez-vous sur l'existant

Profitez de la présence d'un élément de décor attrayant pour camper les limites, les dimensions de votre massif : un banc, un bel arbuste jusqu'alors isolé, la croisée de chemins, une statue…

5- Choisissez un thème directeur

Au lieu de partir de rien et d'avancer le nez au vent, mieux vaut décider d'un thème de composition qui vous servira de fil rouge tout au long de la conception, de la réalisation et du suivi de votre massif. Ce peut-être un parti pris chromatique, le choix d'une gamme particulière de végétaux dominants (plantes de terre de bruyère par exemple), une approche très formelle ou plus naturelle.

Un massif à couleurs tendres

6- Composez avec le lieu

Si le terrain est en pente, mieux vaut dessiner le massif en suivant les courbes de niveau. Si l'emplacement est ombragé ou ensoleillé, la terre sablonneuse ou collante… les plantes seront choisies en conséquence. Aller à l'encontre de tels facteurs vous expose à des échecs.

7- Envisagez l'impact sur le paysage

Soyez conscient que la disposition et la taille d'un ou de plusieurs massifs peuvent contribuer à souligner une perspective, à mettre en valeur des vues intéressantes sur le paysage, à suggérer un changement de direction au promeneur.

8- Trouvez les dimensions idéales

Mises à part des proportions dictées par l'espace environnant, les bâtiments à proximité… considérez la profondeur du massif de manière à en faciliter l'entretien. Vous aurez peut-être intérêt (pour les plus vastes) à disposer, çà et là, des passe-pieds ou pas japonais dans chaque massif profond. Ces aménagements faciliteront l'accès tout en évitant tout tassement néfaste du sol. Contre une haie, prévoyez une contre-allée de service, bien pratique pour effectuer les tailles annuelles.

9- Donnez corps au massif

Éviter un effet raplapla, en composant une "arête dorsale" surtout pour les massifs posés sur une pelouse (island beds). Pour ce faire, employez petits arbres ou arbustes en songeant à des variétés à feuillage persistant (au moins 1/3) dont la présence est tangible même en hiver. Ne plantez pas pour autant en ligne. En donnant ainsi du volume, vous vous assurerez une base solide à partir de laquelle élucubrer vos autres associations végétales. Installez cette "assise" végétale en tout premier lieu.

Un massif aux couleurs automnales

10- Jouez les plantations mélangées

Afin d'obtenir une scène tonique et vivante, changeante au fil des saisons, privilégiez un mélange bien dosé de plantes ligneuses (arbustes, arbrisseaux), de plantes vivaces et/ou bulbeuses et de plantes saisonnières : annuelles, bulbeuses ou bisannuelles. Au besoin, réservez pour ces dernières, des emplacements dédiés et variez le choix, les couleurs d'une année sur l'autre.

11- Plantez en strates

Parmi les plantes couvre-sol ou entre les touffes de plantes vivaces, installez des bulbeuses qui se naturalisent (narcisses, scilles, anémones…). Vous obtiendrez ainsi, sans plus de soins, deux floraisons/attraits au même endroit.

12- Pensez textures et graphismes

Lorsque vous composez vos associations végétales, juxtaposez des végétaux aux graphismes et/ou textures contrastés (feuilles rondes + iris; fleurs en épis + marguerites ; bergénias + épiaire laineux…). En bordure, pensez à disposer des groupes de plantes basses aux grandes feuilles (comme les bergénias par exemple) pour camper le massif.

13- Choisissez couleurs et harmonies

Dosez les teintes du massif de manière à obtenir contrastes ou harmonies, selon vos goûts. Cependant, évitez les compositions trop mièvres composées uniquement de fleurs pastel ou bien trop pimpantes aux coloris vifs trop variés.

14- Apportez du rythme

Scandez les massifs de grande taille par la répétition d'un même élément implanté à distance régulière ou bien placez des structures récurrentes telles que tripodes à plantes grimpantes, arches ou contreforts.

15- Soyez anticonformiste !

Oubliez le précepte qui incite à planter en gradins, en fonction de la taille de chaque élément végétal. Bien sûr, installez la plupart des grandes plantes vers le fond du massif, mais sachez jouer des volumes et des plantes à silhouette transparente pour créer des surprises, des reliefs inattendus au profit d'un effet plus naturel et singulier.

Philippe Ferret